Il faut une histoire de garçons pour gagner un prix littéraire

L’Observatoire des inégalités a confirmé en 2013 que ce sont surtout les hommes qui peuvent remporter un prix littéraire, en se basant sur des chiffres depuis le début du 20ème siècle, sur 663 trophées décernés par le Goncourt et le Renaudot. On a compté juste 108 romancières couronnées.

L’étude récente de Nicola Griffith a aussi démontré qu’il fallait mettre en scène un narrateur masculin, ou mettre en relief le point de vue masculin sur l’univers évoqué. Cette écrivaine anglo-américaine de science-fiction n’est pas une statisticienne, mais sur son blog, on trouve plusieurs graphes et des chiffres démontrant l’étude qu’elle a faite sur le sujet, sur une période de quinze ans, de 2000 à 2015.

Pour ce faire, les données qu’elle exploite sont le sexe de l’auteur, ainsi que le personnage principal des romans. Certes, on a pu observer que ce sont les romans écrits par des hommes, et/ou privilégiant les récits qui mettent en relief des expériences et des perspectives masculines, qui sont les plus favorisés lors des grands prix littéraires.

Les femmes ne sont-elles pas intéressantes ?

En effet, les chiffres sont évidents et comme par exemple, si on prend le Prix Pulitzer, qui est le prix littéraire le plus androcentrique, nous pouvons voir que ce trophée est doté d’une indemnité de 10.000 dollars, avec une garantie de très belles ventes. Ce prix a couronné huit romans d’écrivains avec des récits dotés d’un personnage masculin, entre 2000 à 2015. Nicola Griffith a déclaré que selon elle, les femmes ne sont pas intéressantes et ne comptent pas n’importe où, même en littérature.

Néanmoins si on observe bien «Olive Kitteridge» d’Elizabeth Strout qui a remporté le Random House et le prix Pulitzer en 2009, on voit bien que l’héroïne donne bien son titre au livre, sauf que son point de vue ne s’impose pas trop l’économie narrative du roman. Nicola Griffith estime que la perspective était neutre sur ce roman car le personnage a conservé son ambigüité.

Guerre des prix et des sexes sur la littérature

Toutefois, les femmes sont bien présentes dans les prix littéraires, comme avec la Médaille Newberry. En effet, il y a eu 10 écrivaines récompensées depuis 2000, et beaucoup ont pris une héroïne comme personnage principal. Néanmoins, il ne faut pas oublier que ce prix est décerné pour le meilleur roman pour enfants, chaque année. Mais cela laisse à réfléchir car il semble que, plus le prix est prestigieux, influent et fait gagner de l’argent à l’auteur, un roman donnant la parole à une femme adulte à moins de chance de le remporter.

En France, la victoire de Lydie Salvayre au Goncourt 2014 avec «Pas pleurer», six ans après celle de Marie Ndiaye et de ses «Trois femmes puissantes» montre que les tensions sur les guerres de sexes en littérature s’apaisent, sauf si cela continuera éternellement.

Vous aimerez aussi...